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Nouvelle Bastille

 « La roue de l’histoire est en marche, rien ne pourra l’arrêter, » nous a dit Jean-Luc Mélenchon — je ne sais plus dans quel discours, je ne sais non plus si les paroles que je rapporte exactes, mais l’esprit est là…

Ces deux mots, la roue de l’Histoire, méritent quelques explications. Sans remonter à l’époque des cavernes, voyons donc ce que sont cette marche, cette roue, ainsi que le pourquoi du mouvement qui, nous affirme-t-on, paraît nous animer.

Nous pourrions prendre pour point de départ la naissance du Christ, mais n’allons pas si loin. Contentons-nous de 1789, date capitale pour nous autres Français, et dans doute pour le monde : pour la première fois, un peuple chassait son souverain, s’installait sur le trône, créait la République. D'un point de vue freudien, cela s'appelle "tuer le père" et prendre sa place.

Passons sur les tentatives de restauration de l’ancien régime, sur les contrerévolutions qui furent à l’origine des révolutions suivantes (1830, 1848, etc.). Passons de même sur les républiques qui se sont ensuite succédées et venons-en aux vingt dernières années, lesquelles virent prendre les rênes de la nation ce souverain républicain que fut Mitterrand et que cessera d’être, espérons-le, Nicolas Sarkozy d’ici la fin de la semaine…

2012, donc. La République fut malmenée (ou mal menée, au choix), l’économie traverse à présent la plus grave crise qui soit, le chômage s’installe, la pauvreté s’accroît tandis que la productivité devient une obsession, que la richesse de la nation se concentre entre les mains de rares privilégiés et que, si le monde n’a jamais autant produit, la vie n'a jamais été aussi difficile pour une moitié de l’humanité. Ainsi, la période d’industrialisation sur le point de s'achever, les peuples passent de l’évolution à la stagnation, puis à la récession économique, enfin à la régression morale. Régression contre laquelle nul ne sait au juste de quelle manière lutter.

C’est alors que J-L M nous parle de révolution, que d’autres lui emboitent le pas : Indignez vous. Révoltez-vous. Prenez le pouvoir ! Mais il ne s’agira plus cette fois de révolution sanglante, il s’agira de révolution par les urnes, de révolution citoyenne. Si nous avons en effet, en à peine plus de deux siècles, changé radicalement d’époque et de manière d’être, de voir et de vivre, le rêve d’universalité qui nous lança à l’assaut de la Bastille est toujours en nous, vivant, qui, par la force des choses, s'éveille d’un long sommeil.

Serions-nous de retour aux balbutiements de la période prérévolutionnaire du XVIIIème siècle, à la remise en question d’une forme de gouvernement qui n’est plus à même de permettre à chaque citoyen de progresser, ni à la société d’évoluer, de grandir, de devenir majeure en ce sens qu’elle n’aurait plus besoin de mettre à sa tête un quelconque souverain, quand bien même serait-il élu par une majorité ?

À mon avis de citoyen d’en bas, d’auteur méprisé, de militant irascible et de pékin en-dessous de tout, il m’est avis que oui. Ça va péter. Cer nos rêves ont été bafoués, les citoyens n’en peuvent plus, ça suffit comme ça.

Il faut dire que la classe dirigeante, formée d’élus qui s'accrochent à leurs mandats, de financiers outrecuidants et de donneurs d’ordres qui nous méprisent, n’est plus à même de mener notre société autrement que par le mensonge. En attendant évidemment d'employer la force, ultime argument de la brute.

La cause de cette dérive ? La société humaine vient de changer d’outil, de passer de l'ère industrielle à celle de l’informatique, c’est-à-dire à celle de la connaissance, à celle du partage. Ainsi, si la fin de la royauté de droit divin correspondit à l’apparition de la machine à vapeur, il est à parier que le XXIème siècle, pour des raisons semblables, verra la fin du capitalisme.

Ce billet est suffisamment long. Je poursuivrai demain.

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