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Suite billet 1 :

La cause de cette dérive ? La société humaine vient de changer d’outil, de passer de l'ère industrielle à celle de l’informatique, c’est-à-dire à celle de la connaissance, à celle du partage. De la sorte, si la fin de la royauté de droit divin correspondit à l’apparition de la machine à vapeur, et avec elle de la république, il est à parier que le XXIème siècle, pour des raisons semblables, verra la fin du capitalisme.

Au début du XIXème siècle, le peuple des sans-culottes aurait en principe dû s’emparer des rênes de la société nouvelle, mais cette société, encore en gestation, n’était pas réellement née de la Révolution. Elle plongeait ses racines dans la période précédente et, si l’invention de la machine à vapeur avait précédé la prise de la Bastille d’une centaine d’années, la bourgeoisie s’était mise en place depuis le Moyen-Âge. Formée d’artisans, de commerçants, d’avocats et de médecins, plus argentée et plus lettrée que le menu peuple, plus intéressée par les progrès techniques que ne l’était la noblesse, elle eut tôt fait de faire sienne l’invention de Denis Papin, de s’approprier l’énergie de la vapeur tandis qu’elle mettait en place, pour supplanter des marquis et barons devenus inutiles, les principes de la république.

Si, jusqu’alors, notre pays demeurait une nation agricole gérée par ceux qui possédaient les terres, la France du XIXème siècle passait à d’autres activités, faisait sienne la puissance mécanique, entrait dans l’ère industrielle. Parallèlement, les barons et marquis faisaient place aux maîtres de forges, aux ingénieurs et aux banquiers. Le capitalisme était né. À la manière dont la noblesse avait précédemment régné sur l’agriculture, il dirigea l’activité nouvelle, donc la politique des nations, et ce jusqu’au seuil du XXIème siècle.

Mais voici que l’ordinateur apparaît, avec lui l’internet, la robotisation, la possibilité de confier à des microprocesseurs et des puces la gestion d’une partie grandissante de l’activité humaine.

Progrès gigantesque, à cette remarque près que laisser l’ordinateur entre les mains du capitalisme et de la finance équivaut à confier le fonctionnement d’une machine à un garçon de ferme. Or, c’est ce que nous avons laissé faire, d’où la catastrophe actuelle : une crise financière doublée d’une crise industrielle, elle-même prolongée par une crise sociale, le tout chapeauté par une crise politique comme on en vit rarement. Mais rien que de très normal à cette situation. Nous ne pouvons gérer les perspectives offertes par l’ordinateur comme nous avons géré il y a des millénaires celles de l’agriculture naissante, non plus que celles de l’industrie des deux siècles passés.

L’ordinateur remet tout en question. Transformant notre manière de voir, il est logique qu’il fasse de même avec nos sociétés. Il n’a rien à voir avec la charrue, ni avec la machine qui fabrique la charrue, ni avec celle qui se fabrique elle-même. L’ordinateur, dernière création du génie humain, n’est pas plus l’outil de démultiplication de la force manuelle qu’il n’est celui du prolongement de la calculette. En plus d’être le moyen de contrôle de l’agriculture et de l’industrie, en un mot de l’activité matérielle, il est l’outil de l’intelligence et de son extension. Or, quand bien même considérerions-nous qu’ils aient autrefois été intelligents, capitalistes et financiers se trouvent aujourd’hui dans la situation de la noblesse d’antan devant la bielle et le piston. Et regardez-les ! Ils ne savent de quelle manière combattre le chômage que génère l’automatisation, ni comment remettre en route l’économie réelle. Depuis qu’ils ont tenté, une fois de plus, de spéculer pour s’enrichir, et qu’ils ont vu soudain s’écrouler leurs banques, leur impuissance éclate au grand jour.

Cet aveuglement, ce manque de bon sens, s’étaient déjà manifestés au long de leur histoire, lorsque l’armée les secondait pour combattre les grèves, maintenir les esclaves dans la nuit de l’ignorance. Ils firent de même dans l’ombre, lors de la crise de 1929, laquelle engendra la seconde guerre mondiale, écho de celle de 14-18 dans les tiroirs-caisses vides. Mieux valait alors, pour les dirigeants de droite, les maîtres de forges et leurs valets, Hitler que le Front populaire.

Nous avons eu Hitler, mais cela n’a pas suffi à ces messieurs, qui s’acharnent aujourd’hui sur les progrès sociaux résultant du Front populaire et de la Libération.

Nous venons de chasser Sarkozy et sa clique, fers de lance de la banque et des chevaliers de l’industrie. Mais le capitalisme a plus d’un tour dans son sac (du moins le croit-il), qui fait aujourd’hui les yeux doux à son nouveau serviteur, un social-démocrate à l’avenir aussi sombre que celui de Capet.

Toutes les royautés d’Europe s’étaient liguées contre nos sans-culottes et notre République. Quelle guerre le capitalisme aux abois nous prépare-t-il à son tour, dans l’ombre, en vue de son inutile survie ?

À suivre…

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